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 mirage

mirage

livre d'illustrations de

Jean-Claude Leclaire

textes originaux de

Mouloud Mammeri

dimensions 29cm x 36cm - 112 pages.

couverture rigide gaufrée avec jaquette pélliculée

Coffret de présentation gaufré et entoilé

42 illustrations pleine page et double pages.

Une partie des illustrations est visible dans la rubique "afrique"

préface

Le désert se glissait dans l’obscurité. Les chameaux avaient disparus cherchant leur pâturage. EL OUAFI était assis sur le sable déjà refroidi.  Aux fils des mots échangés, il porta sa main sur le cœur et murmura : 

« Les yeux sont aveugles...  Le cœur voit ce qui est important ». Ému, cette phrase ressemblait étrangement à celle que j’avais lu dans « Le Petit Prince ». Devant lui, le minuscule tapis de braises incandescentes semblait l’unique point lumineux sur la terre. Seul le doux  bouillonnement du thé troublait le profond silence.

 

Sahara où l’utopie suinte par tous les pores de la peau, voilé de surfaces pures et indéfinissables qui  vous enivrent,  écorché de formes  chimériques aux poitrails  calcinés,  baignant à chaque crépuscule  dans un feu couleurs de diamant. Et dans  l’indestructible silence  de  ses  espaces infinis, l’ether de la lumière ! Et l’eau...L’eau de nulle part...L’eau qui vient de son ventre

 

Ces mots, tous les mots, sont à jamais insuffisants pour exprimer le moindre visage du désert. De même, à chacun de mes retours d’Afrique, toutes les photographies, même celles dont j’étais le plus fier, me semblaient pauvres, dénuées de sens. Il manquait quelque chose d’important qui, pour devenir visible, nécessitait une interprétation.  Ces images se révélaient mortes, vides des émotions et des rêves qui donnent la raison à un regard.

 

Soudain, prenant tout son sens, je me suis souvenu de la phrase de l'homme du désert,

 

Ainsi, c’est plus un « regard » qu’une « image » que je propose ici, et de partager par ces dessins, ces instants d’émotion, de passion et de rêve que le désert révèle en chacun de nous.

 

Cette trace au fond du cœur,  que le désert laisse derrière lui,s’élargit, parfois se creuse, plus profonde... lentement au fil des jours et se transforme en un chemin qui vous appelle, vous attire et vous ramène inéluctablement vers lui.

 

C’est à la mémoire de cet homme que je dédie ce livre.

 

Jean Claude Leclaire                                                                                      à  Elouafi EMMAROUEL Targui Kel Haggar

           Mouloud Mammeri

 

Né  à  Taourit-Mimoun  en 1917 chez  les  Aïth Yenni en Grande Kabylie, il partage son enfance entre l’Algérie et le Maroc. Ses  études le conduisent ensuite à Paris où il manifeste son intérêt pour la littérature. Mouloud MAMMERI commence par publier de nombreux articles concernant la tradition orale et les coutumes sociales du peuple berbère.

 

La guerre interrompt momentanément ses études qu’il reprend dès 1940, à la faculté des lettres d’Alger. Mobilisé à nouveau en 1942, son départ pour l’Europe lui inspirera son premier roman, La colline oubliée qui paraîtra en 1952, et où il exprime sont malaise à quitter son village natal pour un pays qui n’est pas le sien.

 

De retour en Algérie en 1947, Mouloud MAMMERI enseigne en qualité de professeur de lettres. Il écrit alors Le sommeil du juste qui traduit le mal être inhérent à son expérience  occidentale mais aussi  la déception du retour à son pays natal. La guerre d’Algérie le ramène au Maroc en 1957 où il écrit L’opium et le bâton mettant en scène la vie d’un village de Kabylie durant la libération.

 

En 1962, il devient directeur du Centre de Recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques à l’Université d’Alger et ce jusqu’en 1980. La Traversé, roman tragique paru en 1982, exprime le désarroi de l’auteur vis à vis de la société Algérienne contemporaine. Avec ce réalisme teinté  de  pessimisme  qui  le caractérise,  Mouloud MAMMERI est considéré aujourd’hui comme l’un des romanciers les plus lucides de la condition algérienne.